« C’est l’histoire d’une femme qui regarde son compagnon et se demande comment elle a fait pour tirer ce numéro-là : il n’y a que lui  pour réagir toujours de façon si étrange, pour tirer autant de casseroles à la fois…Ce n’est pas possible, on a dû me jeter un sort ? se dit-elle. »

Voilà ce que j’ai eu l’occasion d’entendre cet été, de la bouche d ‘une chanteuse de polyphonie serbe, sur une petite place ombragée du sud du Larzac et où planaient dans l’air des odeurs de menthe poivrée et de figues. Elle décrivait la chanson qu’elle s’apprêtait à chanter…en serbe, provoquant ainsi dans l’assemblée des rires amusés et interpellés…Ses propos ne faisaient-ils pas l’écho en effet d’une croyance qui gronde dans le cœur de beaucoup ? Même sans comprendre le serbe, il ne m’était pas difficile d’imaginer les paroles.

Vous voyez de quoi je parle ? Cette petite voix qui vient nous dire :

« Pourquoi c’est toujours mon homme qui tombe malade quand, par chance on part pour un WE un amoureux ? Mon compagnon qui fait couler sa boite avec nos économies dedans ? Mon mari qui oublie d’éteindre les phares la veille d’un départ en vacances  ? Le mien qui fume comme un pompier ? le mien qui ne se rendort la nuit qu’en regardant des films violents et me réveille au passage ? »

 » Et si on m’avait jeté un sort ? Et si j’avais tiré le mauvais numéro ? »

Non, personne ne vous a jeté de sort…en revanche, il y a peut-être plusieurs façons de regarder le numéro en question…

Quand vous avez décidé de faire route avec lui, toutes ces choses qui vous apparaissent aujourd’hui comme des malédictions ne sont-elles pas le simple revers de ce qui vous a séduit au début dans votre histoire ? Et si vous vous rappeliez maintenant ce qui vous a plu, ce que vous avez aimé chez cet homme au début ? Est-ce son goût pour le risque ? Son sens des affaires ? Est-ce son côté sensible et rêveur ? Son côté détaché émotionnellement qui lui donnait un air si rassurant?

Il s’agit bien des deux faces d’une même médaille…Vous n’avez vu qu’une des deux faces pendant tout un temps et subitement vous découvrez l’autre et vous vous demandez si on ne vous a pas jeté un sort. Soudainement vous avez le sentiment d’être face à une Terra Incognita, effrayante, sombre et maléfique et vous n’avez qu’une envie : fuir à grandes enjambées. Calmos ! Tout va bien, il s’agit bien de la même personne.

Le côté de la médaille qui vous a plu est toujours là. A vous de le réveiller, de le faire exister à nouveau dans vos pensées, dans vos paroles à l’égard de votre conjoint.

Il existe un proverbe que j’affectionne particulièrement et qui dit : « Ce que je redoute, voilà ce qui arrive ». Quand je redoute que ce côté de la médaille apparaisse, que j’y pense, que je râle contre, etc. n’est-ce pas malheureusement le meilleur moyen de réveiller chez mon compagnon cette part de lui-même qui nous dérange ?

Nous sommes 100 % responsable à 2 de ce que nous créons comme relation. Cette bonne nouvelle est aussi un défi. Celui de choisir au quotidien de faire exister chez l’autre sa meilleure part, le meilleur côté de la médaille en cessant d’être rebuté quand l’autre côté se manifeste. En l’apprivoisant, au contraire et elle vous aparaitra progressivement beaucoup moins antipathique. Vous commencerez à percevoir qu’elle a des racines communes avec cette autre part que vous aimez tant et qui vous a séduit, captivé, sécurisé peut-être en d’autres temps. Avec un peu d’entrainement, vous parviendrez même à réaliser un véritable tour de magie en percevant en même temps les deux faces de la médaille :  » cet homme vautré de fatigue sur le canapé du salon, les ¾ du WE est aussi cet homme dont j’aime la capacité à relever seul des challenges fascinants » ! Wouha ! A ce moment vous n’êtes plus Blanche Neige qui attend le Prince charmant passivement mais vous êtes Belle qui transforme la Bête en Prince.

Par ailleurs, dans ce sentiment de malédiction conjugale, n’y aurait pas à mettre dehors quelques attentes idéalistes qui auraient un peu trop longtemps squatter le lieu de votre couple ?

Du type : « j’aimerai que nous soyons complices et complémentaires, que notre vie sexuelle soit un feu d’artifice perpétuel, que nous ayons des projets communs de dingue, que nous puissions échanger sur tout de tout et en toutes circonstances, que nous soyons totalement réceptifs à nos besoins respectifs »…Permettez-moi de vous rappeler que vous êtes sensé avoir déjà vécu cette phase d’idéale complétude quand vous gisiez, béat, et repu sur le sein de votre mère et que l’heure n’est désormais plus à ça…cette recherche de fusion originelle n’est qu’illusion. Laissez-les nouveaux-nés en profiter et recherchez désormais une nourriture plus solide !

Peut-être que vos ballades estivales vous auront amené à visiter d’autres familles, d’autres couples. C’est toujours une expérience de partages et d’échanges très enrichissante de se frotter à d’autres fonctionnements. C’est aussi une belle occasion pour relativiser ce qui peut rester chez vous comme une attente figée que quelque chose change chez l’autre et d’apprécier ce qui est déjà là et possible entre vous.  Chaque type de fonctionnement a ses points forts et ses axes en voie de transformation.

La vie n’a pas prévu pour nous autres, petits êtres humains, de supers pouvoirs pour changer l’autre. Il semblerait que toute tentative de le faire nous amènerait droit dans le mur.  En revanche notre relation avec l’autre peut évoluer et surtout si nous commençons par être les acteurs de notre propre transformation.

Anouck Boulet de Bohan, 06 63 60 31 83, 74 rue de Patay, Paris 13 / 17 rue des Fossés Saint Marcel, Paris 5